Garde-robe minimaliste: le retour à la base



 

Il y a quelque chose dans l’air: après la popularité du normcore, cette tendance parfois douteuse au nom peu attrayant, on assiste maintenant au retour d’une vieille idée qui jouit d’un nouvel attrait. Place à la garde-robe minimaliste.

Fini, les jours d’extravagance. Au fait, ce n’est pas tout à fait vrai. On pourra toujours compter sur les véritables excentriques de la mode pour continuer à se pavaner avec leur plumage avant-gardiste devant les photographes impatients à l’extérieur des défilés de mode. Mais ailleurs, la plupart des gens, sinon tous, préfèrent un look sans froufrous.

Des jeans boyfriend décontractés, des hauts écourtés unis, des sandales Birkenstock et des bijoux discrets: tous des conséquences du courant omniprésent qu’est le normcore. Il faut admettre que le look peut paraître artificiel lorsque porté par certaines personnes dont l’enthousiasme de suivre la tendance est particulièrement marquant; par contre, il y en a d’autres qui ont toujours adhéré au style «normal», et qui l’exécutent avec aplomb, de façon tout à fait naturelle. Et puis il y a nous, les autres, qui tombons quelque part entre ces deux extrêmes.

C’est vrai: le nom n’est pas trop attirant, mais l’idée de troquer nos vêtements ostentatoires pour une tenue plus simple pourrait l’être. Étant donné la nature cyclique de la mode, il serait tout à fait sensé qu’on gravite vers les vêtements minimalistes après s’être adonnée à l’esthétique flamboyante qui a défini les dernières années.
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Il n’est pas surprenant que l’attirance vers un habillement plus simple ait également inspiré une attitude du «moins, c’est mieux» envers le fait de collectionner les vêtements. Que l’on considère Project 333, (le défi minimaliste hyper-populaire créé par Courtney Carver où les gens sont invités à s’habiller en utilisant 33 articles ou moins pendant trois mois), la garde-robe ne contenant que 10 pièces ou encore le placard français à cinq morceaux, la tendance qui veut que l’on épure notre habillement prend décidément de l’ampleur.

Pourquoi? Car une plus grande variété de vêtements ne nous offre pas nécessairement plus d’options. Un parfait exemple: les placards débordants de vêtements neufs, ces achats impulsifs enfouis dans les profondeurs de notre garde-robe, les étiquettes de prix encore attachées. Considérer notre garde-robe de vêtements qu’on n’a jamais portés, mais dont on n’ose pas se débarrasser parce qu’on les a payés, nous force à examiner nos dépenses, et à plus grande échelle, nos habitudes vis-à-vis la consommation et le matérialisme.

Réduire le nombre d’articles dans notre placard est libérateur de plus d’une façon. «Au courant de la dernière année, on a remarqué que le fait d’avoir moins de biens nous offre en réalité plus de liberté. Plutôt que de passer nos temps libres à trier, à organiser, ou à chercher nos choses, on peut s’adonner à d’autres activités qui nous plaisent davantage», affirme à CNN Matt Souveny, un pilote de l’Aviation royale canadienne qui a fait une promesse le mois dernier de s’en tenir à 10 vêtements pendant la prochaine année.

Lorsqu’on réduit la taille de notre garde-robe, on réalise qu’on utilise en réalité beaucoup moins de pièces qu’on possède; la plupart du temps, on porte les mêmes vêtements, soit ceux qu’on préfère. Kristen Ziegler, organisatrice professionnelle chez Minima, offre d’ailleurs plusieurs conseils afin d’identifier les pièces qui ne font pas partie de cette catégorie, en plus d’astuces pour graduellement réduire notre garde-robe; parce qu’après tout, Rome ne s’est pas faite en un jour.

Mais après vous être débarrassée des vêtements superflus, est-ce que le fait de porter les mêmes à répétition les usera plus rapidement? Pas nécessairement. Au fait, l’autre avantage d’avoir une garde-robe minimaliste est que le nombre limité de vêtements qui en fait partie (à l’exception des sous-vêtements, des bas, des vêtements d’entraînement et des vêtements d’extérieur) nous force à réévaluer nos habitudes de consommation et à choisir des pièces de grande qualité au style indémodable, plutôt que des articles qui se collent à une tendance éphémère. Et les vêtements multifonctionnels, comme un blazer qui peut être porté seul ou par-dessus une robe polyvalente, dureront beaucoup plus longtemps.

«Mon placard est rempli de vêtements bon marché que je n’userai pas tout simplement car je ne les porte jamais. Les vêtements pour lesquels j’ai dû économiser, par contre, je les porte souvent», a affirmé Souveny à CNN.

La garde-robe minimaliste n’a rien de nouveau. Par contre, suite à de nouvelles allégations de pratiques de travail déloyales dans l’industrie de la mode, l’apparition d’un mouvement qui prône la durabilité et l’esthétisme épuré s’avère une solution pour soulager une culture fatiguée par l’excès.

 Mode, art, architecture, design, télé et cinéma: Katia Jean Paul est une chroniqueuse montréalaise qui jette un regard critique sur ses nombreuses idées fixes, évoquant les dimensions esthétiques et culturelles de chacun de ses sujets. / Retrouvez Katia sur Twitter: @KatiaJeanPaul

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