Régime locavore: matière à réflexion



 
Entre consommation responsable et alimentation diversifiée
Manger local, c’est tendance et c’est tant mieux. On ne compte plus les avantages d’une alimentation basée sur les aliments frais et mets cuisinés produits localement. En tête de liste se trouvent bien sûr la fraîcheur absolue et la diminution du transport, donc de la pollution. Certains adeptes du concept poussent la note jusqu’à adopter la 100 miles diet, aussi connue sous l’appellation «locavorisme», et s’approvisionnent exclusivement de denrées cultivées ou transformées dans un rayon de 160 kilomètres. Mais avant de se lancer dans cette aventure, voici quelques considérations à méditer.

Une approche globale de la consommation

Les locavores prônent d’abord la proximité, non seulement géographique mais aussi relationnelle, entre le consommateur et le producteur. On les verra donc fréquenter assidûment les marchés agricoles et même visiter directement les fermiers et les échoppes d’artisans gastronomes. Certains s’impliqueront plus activement, en mettant sur pied un service de livraison de paniers de fruits, légumes et viandes souvent biologiques ou en soutenant des associations qui font la promotion du mouvement. Pour celle qui souhaite s’initier à ce mode de vie, qu’elle réside dans une grande métropole ou une petite ville, les options sont donc nombreuses et variées.Au Canada, les locavores urbains sont en phase de compléter une véritable révolution alimentaire. Potager sur le toit du Palais des congrès de Montréal, élevage de poulets à Vancouver, ruches grouillantes d’abeilles et dégoulinantes de miel sur le toit de l’hôtel Royal York de Toronto… voilà qui contribue à diminuer le schisme entre le rat des villes et le rat des champs, n’en déplaise à M. de la Fontaine. De notre côté, on se réjouit de voir le paysage urbain se reverdir, à coups de murs «végétalisés» et de balcons-jardins. Et va sans dire qu’on ressent une évidente fierté à cuisiner une tomate qui a mûri grâce à nos bons soins!Ligne de conduite parfois difficile à tenir
C’est sans surprise qu’on apprend que le terme «locavore» est né dans l’esprit d’une chef cuisinière san-franciscaine. S’il y a un bout de la planète qui n’est pas chiche côté production diversifiée de fruits et légumes, c’est bien la Californie! Mais plus on s’approche des pôles, plus manger strictement local devient ardu et pas toujours amusant, gustativement parlant. Imaginez un instant le goût qu’auraient vos hivers sans les fruits et légumes du Sud. Pomme de terre, navet, courges d’hiver, carotte, chou, oignon… ce serait bouilli tous les jours! Sans oublier que le Canada n’est pas reconnu pour sa production de riz, de café ou de chocolat, tous des aliments qui font maintenant partie de notre quotidien.

Oui, il existe des méthodes de conservation des fruits et légumes de saison. Certains locavores sont ainsi passés maîtres dans l’art de congeler les aliments frais ou de faire des jolies conserves dans des pots Mason. Il est aussi vrai de dire que la culture en serre s’est grandement bonifiée et diversifiée; on peut maintenant déguster une tomate-mozzarella-basilic, de production 100 % locale, en février. Bon, côté assaisonnement, on doit troquer l’huile d’olive pour l’huile de tournesol, mais ça le fait.

Malgré tout, à moins que nos garde-manger et congélo aient des proportions gargantuesques, accéder à une diversité de végétaux frais cultivés localement en plein mois de mars n’est pas encore donné aux Canadiens. Se passer des oranges de la Floride, des clémentines du Maroc, des petits fruits de la Californie ou des raisins du Chili? Sans oublier ces fruits exotiques qu’on vient tout juste de voir débarquer sur les étals de notre épicier? Et renier à jamais les cuisines asiatiques, indiennes et nord-africaines? Juste à y penser, on a un pincement au cœur.

Peut-être qu’ici, comme pour mille et une autres questions, c’est en usant de modération qu’on atteindra le bonheur. Connaître les produits du terroir et préférer l’agriculture locale, absolument, mais sans perdre notre curiosité et notre appétit pour les saveurs d’ailleurs!

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