Une mère aime au premier regard – divine.ca

Une mère aime au premier regard



 
… et si ce n’était pas toujours le cas?
Il existe toute sorte de secrets. Il y a ceux que l’on cultive jalousement dans notre jardin secret, les petits que l’on déterre afin d’en partager le poids et puis il y a les gros. Les secrets d’hiver qui font un peu plus mal et que l’on souhaite laisser sous la terre gelée. Ceux que l’on cache par peur qu’ils ne provoquent une vague de honte, d’indignité. Ces secrets que les mères n’osent prononcer par crainte de mettre en doute leur qualité maternelle. Et disons-le, la maternité à elle seule apporte déjà son lot de culpabilité et d’incertitudes.

 

Devenir maman à retardement
Pour certaines d’entre nous, l’amour maternel est arrivé avec un petit décalage. Une dissonance suffisamment importante pour nous faire douter de notre talent à devenir maman.

Moi, je ne voulais pas partager ce secret; par peur qu’il ne devienne réel en le disant tout haut. J’étais terrifiée à l’idée de ne pas être faite pour la maternité. Parce que la chaleur de la petite bête nichée sur mon ventre vide n’avait pas atteint mon cœur instantanément. Parce que je n’étais pas tombée amoureuse au premier regard. J’avais plutôt l’impression de protéger et de nourrir mon héritage au monde, mon patrimoine personnel. Il y avait certainement de l’amour, mais il ne ressemblait pas à celui dessiné dans les commerciaux de couches ou de sirop contre la toux.

Non, je ne ressentais pas le besoin, mais surtout aucun désir de regarder mon bébé d’un air attendri lorsqu’il dormait. J’avais plutôt l’impression de donner sans cesse, sans jamais recevoir en retour. C’est lourd. C’est grave. L’image achevée de la mère aimante, douce et chaleureuse ne me seyait pas; comme les chaussures dont on rêvait, mais qui nous tailladent les pieds à chaque pas. Et ce secret, je l’ai gardé pour moi. J’ai appris à le contourner avec adresse lors de discussions avec d’autres mamans. J’espérais qu’il s’évanouisse doucement et qu’il emporte tout ce remord avec lui.

La loi du silence
La culpabilité ressentie est, en partie, due au fait que personne ne nous prévient qu’il est naturel de développer un sentiment profond de protection plutôt qu’un amour inconditionnel. Ma mère ne m’avait pas mise en garde. Personne ne m’avait avoué que je deviendrais la gardienne d’un nouveau trésor familial avant d’être la chaleureuse et réconfortante maman que j’aspirais à être.

Et moi non plus je ne parlais pas. Cet omerta m’empêchait d’exposer ma vulnérabilité ou encore m’éloignait des remises en question quant à mon choix de fonder une famille. Ce silence me protégeait de mon propre secret, ma propre honte.

Enfin…
Au fil des jours, toutefois, le sentiment animal et instinctif de protection s’est adoucit. L’affinité avec ma fille s’immisçait de plus en plus dans notre relation jusqu’au jour où j’ai flanché.

Assise dans sa balançoire, pour la première fois, elle semblait me voir pour de vrai. Ces petits yeux perçants et curieux ont scruté avec intérêt le fond des miens. C’est à ce moment bien précis qu’elle a décoché son premier sourire; une flèche qui s’est planté directement dans mon cœur, écartant tous les doutes possibles.

Ce matin-là, ma fille m’a rendu au centuple tous les efforts et compromis que j’avais fait depuis sa naissance. Ce matin-là, je suis devenue maman.

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