Cheveux crépus: défrisés ou naturels?
par Katia Jean Paul
publié le 28 mars 2012
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Bref historique de ce rituel afro-américain
«La chevelure d’une femme fait sa gloire», affirme l’écrivaine et poétesse américaine Maya Angelou dans le documentaire Good Hair. Ce film, paru en 2009, dévoilait jusqu’où les femmes noires sont prêtes à aller afin d’obtenir une tignasse lisse et chatoyante.
Depuis les années 1950, les femmes de couleur (et certains hommes) ont ainsi recours à des défrisants et autres produits chimiques pour lisser ces mèches frisées dont la nature les a dotés, malgré les possibles dommages encourus. Des acteurs et militants des droits civils ont ainsi pris la parole afin d’expliquer ces comportements; et c’est à notre tour de nous pencher sur le rituel et le débat «cheveux défrisés ou naturels?».
Origines du défrisant
Pour la femme noire, l’introduction aux défrisants s’apparente à un rite de passage. La plupart des jeunes Afro-Américaines seront donc initiées, entre la première sortie à vélo et celle à voiture, à ces traitements capillaires qu’elles appliqueront ensuite pendant des années, voire toute leur vie. Que les produits soient utilisés à la maison ou en salon, ces femmes voient ainsi dès leur plus jeune âge leurs cheveux trempés dans une crème blanche et très odorante, afin de les défriser.
Le premier défrisant est créé en 1913 par le fabricant de vêtements afro-américain Garrett Morgan, mais le produit ne devient largement répandu qu’au cours des années 50. Le traitement est alors promu comme le remède miracle aux cheveux naturellement crépus des Noirs, jugés difficiles à coiffer. En plus de dompter une tignasse dite rebelle, le produit servait ainsi à réduire cette distinction raciale évidente entre Noirs et Blancs. Il permettait aux femmes noires d’obtenir le même type de chevelure que leurs compatriotes blanches (perçu comme plus joli), diminuant aussi les tensions raciales. Comme l’a résumé éloquemment le comédien Paul Mooney: «If your hair is relaxed, white people are relaxed. If your hair is nappy, they’re not happy» (un jeu de mots suggérant que si les cheveux des Noirs sont lisses, l’humeur des Blancs le sera aussi).
Si les relations interraciales se sont améliorées depuis, cette pratique capillaire et ses origines demeurent bien ancrées dans les traditions afro-américaines. Pourtant, certaines femmes noires préfèrent écarter ce rituel esthétique.
Vers le naturel
«Je ne me souviens pas à quel âge [j’ai reçu mon premier traitement défrisant], mais ma mère a commencé à lisser mes cheveux afin de les rendre plus faciles à coiffer pour elle», se souvient Nancy, une designer graphique de 32 ans qui a rejeté ce traitement et est revenue en 2009 à sa texture naturelle. «Je continuais de le faire parce que toutes les femmes de ma communauté le faisaient, et je ne connaissais pas d’autres avenues.»
Mais progressivement, Nancy a remarqué que sa chevelure affichait des changements inquiétants. «Au fil des années, mes cheveux se sont mis à rétrécir graduellement. Je me suis dit qu’ils étaient peut-être sur-traités», explique-t-elle.
En plus des questions d’ordre racial liées à ce rituel, des raisons de santé ont poussé des experts à prendre la parole contre l’utilisation de défrisants. L’ingrédient principal de ce produit est l’hydroxyde de sodium (aussi appelé «soude»), une substance chimique puissante. L’hydroxyde de sodium peut brûler la peau; une éclaboussure aux yeux peut mener à la cécité; et l’inhalation de cet agent peut endommager les poumons.
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